Finalement, j’ai dormi dans mon duvet sous le camion. A 2h du matin, je commençais à peine à tomber dans un sommeil profond quand Philippe m’a réveillé. Il faut dire que dormir au bivouac est un sacré challenge, entre les concurrents qui débarquent au beau milieu de la nuit, les mécaniciens qui essaient les motos et les camions qui klaxonnent en arrivant au bivouac… hum, pas facile de trouver le sommeil. Vite un café, l’inspection de la douane et hop, nous voilà partis à 3h15. Direction la Cordillère des Andes…
Le troisième siège-baquet du Renault Kerax 6x6 est situé au centre de la cabine, en retrait. Ce n’est pas la place la plus confortable, mais bon. Je donne un coup de main à Jean pour sortir de Mendoza grâce au road-book. Ca va, je n’ai pas trop perdu la main. De nombreux spectateurs sont encore debout pour nous applaudir.
Après 50 km, on attaque une longue ascension par une route relativement large. Ca va monter ainsi en pente douce sur près de 150 km, le long d’une vallée que dévale un ruisseau en furie. Le jour se lève peu à peu, et, ce qui n’était qu’ombres géantes se dessinent plus nettement désormais : les sommets enneigés des Andes. Nous cheminons ainsi pendant deux bonnes heures. Le jour est désormais levé et, d’après notre road-book, nous devrions apercevoir l’Aconcagua dans une dizaine de kilomètres, après le village de Las Incas.
Comme si nous avions rendez-vous avec lui : nous arrivons pile lorsque les premiers rayons du soleil frappent sa Majesté. A notre droite, l’Aconcagua, 6959 m, nous domine. Magnifique, le plus haut sommet de l’hémisphère sud, d’un blanc immaculé, se détache sur fond de ciel bleu ; un spectacle grandiose. Evidemment, on s’arrête pour immortaliser l’instant et on parcourt même quelques centaines de mètres pour atteindre un belvédère d’où la vue est superbe. On y va en trottinant pour se réchauffer, mais nous sommes à 2850m. Pfff, pfff, le cœur palpite déjà….
C’est reparti. La route grimpe encore jusqu’à la frontière, à 3200m, puis on bascule côté chilien via un tunnel de 3,8 km. A la sortie, le poste de contrôle douanier. Pas de problème pour les véhicules du Dakar, mais pour les autres, la file s’allonge. Puis on se lance dans une folle descente de plus de 200 km jusqu’à la côte pacifique…
Les 15 premiers kilomètres sont une succession d’épingles. La pente est raide, très, très raide même et il faut toute la dextérité de Philippe pour contrôler les 22 tonnes du Kerax. Les autres semi-remorques roulent à 10 km/h, pas plus. Puis la pente s’adoucit. La route traverse alors une vaste plaine cultivée et de nombreux villages. On cherche une banque.
Pause. Sitôt descendus du camion, les spectateurs accourent de toute part. L’un d’eux m’emmènera rapidos au centre de San Felipe et me ramènera plus vite encore au camion. Il est mécanicien agricole et tout fier de conduire quelqu’un du Dakar ; il arrête tous ses potes pour me présenter… Lui ne parlant ni français ni anglais, moi pas espagnol, on a tout de même réussi à partager notre passion pour la moto…
Les 50 derniers kilomètres du parcours semblent interminables. La région est plus escarpée, aride, la végétation plus rare hormis de superbes palmiers. On sent l’océan Pacifique tout proche ; on croit l’apercevoir derrière chaque sommet, mais non, juste des rochers et des favelas, très grandes, trop grandes.
Ca y est, là derrière ce sommet….Et non, une forêt de pins. Mais cette fois, la pente s’accentue, les panneaux incitent à la prudence et au détour d’une courbe, le voilà, le Pacifique qui se jette sur ces hautes falaises. On descend encore quelques kilomètres pour entrer dans Valparaiso, qui fut jadis l'un des plus grands ports de commerce au monde, peut-être le plus grand de la côte pacifique.
C’était avant l’ouverture du canal de Panama. Mais aujourd’hui encore, les supertankers surdimensionnés qui barbotent dans les eaux tumultueuses de l’Amérique du Sud font escale à Valparaiso. Après 437 km, Jean gare le camion BFGoodrich au bivouac. Fin de notre grande traversée des Andes.
Le bivouac de Valparaiso est situé près de l’école navale et domine toute la baie. Splendide. Valparaiso et ses 44 collines forment comme un amphithéâtre dont les gradins sont occupés par des milliers de maisons aux façades colorées. Quelque 15 ascensores (funiculaires) permettent de rallier le front de mer aux quartiers les plus hauts perchés.
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