samedi 17 janvier 2009

Samedi 17 janvier


Petit footing de récupération le long du lac San Roque. Je cours comme ma grand-mère ; le mélange viande rouge, vin rouge et bière me pèse encore sur l’estomac. Peu importe. Bientôt il faudra quitter ce paradis et foncer vers l’aéroport, direction Buenos Aires pour la fin de notre aventure. Reverrais-je Villa Carlos Paz et le Portal del Lago ? Sniff….

L’atterrissage à l’aéroport militaire de Palomar me réveille d’un coup. Nous voilà à la case départ, exactement au même endroit que le 3 janvier au matin. Le bus traverse un quartier paumé de Buenos Aires avant de prendre les grands boulevards qui longent le Rio de la Plata. Il fait une chaleur écrasante, orageux.

C’est la fin de notre périple de quelque 10 000 km à travers l’Amérique du Sud. Les souvenirs se bousculent : la baie de Puerto Madryn, celle de Valparaiso, les rencontres improbables avec cette conductrice de minibus si fière de Neuquen, sa ville, ou des policiers qui nous ont embarqués dans leur pick-up, l’hôtel miteux de La Rioja, les night-clubs de Villa Carlos Paz, la traversée des Andes, en camion dans un sens, en autocar dans l’autre sur des pistes de trekking… Une expérience inoubliable.

vendredi 16 janvier 2009

Vendredi 16 janvier



Départ de l’hôtel à 8h en minibus de ramassage collectif pour La Rioja où nous attend ce bon vieux C130. Cap sur Cordoba, que nous voyons pour la première fois en plein été. Le Rallye d’Argentine se déroule toujours en hiver.

Une vraie fournaise. Il fait une chaleur écrasante, plus de 40°C à l’ombre. L’ambiance a changé au bivouac, plus détendue. Ca sent la fin. On est fatigué, mais heureux d’approcher du but et de fait, les gens sont plus ouverts. Tout le monde discute avec tout le monde. On sympathise, un peu comme après quinze jours de vacances au camping. Les apéros sont devenus quotidiens et se prolongent de plus en plus tard. On regretterait presque que le rallye se termine demain.
Nous quittons le bivouac relativement tôt pour Villa Carlos Paz, à 30km de Cordoba, le QG du Rallye d’Argentine. Des milliers de fans bordent le bivouac. Le Dakar retrouve la ferveur populaire de son départ dans les rues de Buenos Aires. Ici, le sport automobile est une religion dont le prêche est assuré par les stations FM qui commentent en direct le passage des concurrents en spéciale.

Quel plaisir de revoir Villa Carlos Paz et le Portal del Lago où nous sommes accueilli en amis, en habitués. On dîne d’un excellent biffe de chorizo en terrasse avant d’aller traîner en ville. Il est 1h du matin, le Zebra se remplit peu à peu de jolies filles, forcément encore plus jolies que l’hiver à l’époque du Rallye d’Argentine. Il est 3h, l’ambiance monte d’un cran, il est l’heure de rentrer à l’hôtel, à pied pour humer cet air de vacances, de fiesta.

jeudi 15 janvier 2009

Jeudi 15 janvier 2009


L’Hosteria Cachay Sacat est au centre de Saragana, dans les montagnes, à une trentaine de km de La Rioja. Le cadre est agréable, mais les chambres sont très sommaires pour un tarif supérieur à un hôtel luxueux du centre de Buenos Aires ! L’ambiance est étrange, louche. A côté de la salle de restaurant, vide, une salle de casino d’un autre âge, vide également. La gérante est tout aussi étrange, comme si elle avait fuit une vie antérieure tumultueuse pour se réfugier dans ce hameau au cœur des sierras argentines. On dine vite fait d’un plat de pâtes en terrasse, sous le regard amusé d’une sorte de lézard géant qui habite visiblement là dans cette bouche d’aération. Bizarre.

La Rioja est une ville moyenne (150 000 habitants) située au pied de la Sierra Velasco dont les crêtes verdoyantes lui confèrent un joli « backdrop ». L’été, c’est l’une des villes les plus chaudes d’Argentine. Aujourd’hui, il fait 40°C à l’ombre, le temps est lourd, orageux. D’ailleurs, un violent orage s’est abattu sur la région la nuit dernière, inondant les routes et le hall de notre hôtel.
Dans l’enceinte du circuit de La Rioja, qui n’a semble-t-il pas vu un bolide depuis belle lurette, la chaleur est insupportable. Tout le monde sue, geint et attend Buenos Aires avec impatience. La route est encore longue jusqu’à la capitale. Nous sommes à 1100 km et demain, la caravane fera étape à Cordoba.

On y sera un peu comme à la maison. Depuis une dizaine d’années, je me rends régulièrement à Cordoba et à Villa Carlos Paz pour le Rallye d’Argentine. Demain, on dormira à l’hôtel Portal del Lago, on ira manger un biffe de chorizo à La Volanta avant d’aller boire un verre au Zebra. Demain, on est chez nous ! Mais pour ce soir, c’est encore notre hôtel lugubre perdu dans les montagnes…

Mercredi 14 janvier 2009


A force d’insister, les organisateurs nous autorisent à quitter le bivouac à 6h du matin. Le bus 428 démarre avant le lever du jour du bivouac de Copiapo, direction Fiambala, en Argentine, de l’autre côté de la Cordillère des Andes.

Est-ce mon instinct de copilote, je perçois dès le départ quelque chose de bizarre. J’avais consulté la carte la veille et pour moi, la route du Paso San Francisco se trouve au Nord. Après quelques minutes de route, nous sommes direction plein Est puisque le soleil se lève pile en face de nous. Soit…

Après une heure de route environ, le chauffeur quitte la route asphalte et prend à gauche sur un chemin de terre. Une déviation, peut-être, je n’ai pas vu de panneaux de signalisation, mais d’autres véhicules du rallye nous suivent.

Ce chemin est à peine plus large que notre bus à double-étage et serpente au fond d’un immense canyon. Le décor est magnifique, mystique. De chaque côté, des volcans endormis s’étirent jusqu’au ciel et sur leurs pentes abruptes, des rochers gros comme des maisons tiennent en équilibre. Depuis combien de temps ? La dernière éruption peut-être, les dernières pluies ?

Voilà plus de deux heures que nous roulons à 30km/h sur ce chemin qui s’enfonce toujours plus dans ces gorges profondes. Malgré la dextérité du chauffeur les arbustes bordant la piste éraflent la carrosserie, et la poussière commence à envahir l’habitacle. Il n’y a pas âme qui vive dans ce pays, que des pierres ciselées par le temps.


Soudain, après cinq heures du bus, nous arrivons sur un plateau désertique : le poste-frontière entre le Chili et l’Argentine. Depuis quelques minutes déjà, je tente de me repérer sur la carte, mes compagnons ne semblent pas s’inquiéter. Moi, si : j’avais lu dans un guide que le Paso San Francisco était goudronné. Nous ne sommes visiblement pas sur la bonne route pour Fiambala. Tandis que les douaniers contrôlent nos passeports, je demande à l’un d’eux de me montrer où nous sommes sur la carte : Paso de Pircas de Negras, 200 km plus au Sud, sur la route de La Rioja !

Involontairement, j’ai donné l’alerte. Notre chauffeur est désormais assailli de questions, pressé. Lui-même est perdu, et il n’a pas de carte : depuis le départ, il suit les véhicules d’assistance.

La suite est épique. Après le poste-frontière, la pente devient très raide. Nous allons monter jusqu’à 4165m par une piste en lacet, le bus manque de caler à chaque épingle. Plusieurs fois il faut manœuvrer, au bord d’un précipice vertigineux. Le décor ressemble aux derniers kilomètres de la course-de-côte de Pikes Peak.

Après le passage du col, la route est asphaltée et traverse un vaste plateau désertique entourée de hauts sommets, certains enneigés à plus de 6000m. On longe un lac aux reflets bleutés… Nous sommes seuls, hormis les véhicules d’assistance qui klaxonnent en nous dépassant, forcément étonnés de voir un bus taillé pour l’autoroute dans cet endroit-là.

La route est en travaux et l’agent qui indique la déviation déconseille fortement à notre chauffeur de poursuivre le chemin. Nous sommes partis depuis six heures et nous faisons demi-tour, direction Copiapo. A bord, l’ambiance est bien moins joviale : la vingtaine de naufragés du bus 428 force le chauffeur à reprendre la direction de La Rioja, « ça doit passer ».

Le début de la déviation, sur un chemin de terre, est plat. Les amortisseurs souffrent, mais le bus avance tant bien que mal au bord d’un lac de sel. Nous sommes toujours dans cette vaste plaine, entourés de lamas, le soleil tape, quelques carcasses d’animaux pourrissent au bord de la piste.

Le meilleur est à venir. La piste s’arrête brutalement et un chemin moins large que le bus plonge dans un canyon profond, le long d’une falaise. A droite, le précipice est impressionnant, plusieurs centaines de mètres sans aucune végétation. Faux-pas interdit. Le bus 428 se lance dans la descente, au pas. Nous prions pour qu’il n’y ait pas d’épingles, impossible de manœuvrer.

Nous voilà au creux d’un canyon étroit et profond. Le plus dur est derrière nous, croyait-on. Le chemin longe désormais un ruisseau que nous allons devoir traverser à plusieurs reprises. Dans les gués, le bus racle les pierres, cale, puis repart. Ce canyon n’en finit pas. Nous sommes au cœur des Andes, loin de toute vie humaine. Il faudra encore deux bonnes heures pour que les montagnes s’écartent enfin. On retrouve enfin l’asphalte. Nous avons mis onze heures pour traverser la Cordillère et parcouru environ 400 km. Il en reste 350 jusqu’à La Rioja.

Nous sommes désormais à pleine vitesse sur de longues lignes droites, au milieu des cactus. On passe tout près des parcs Talampayas et la Vallée de la lune, parmi les sites les plus visités d’Argentine. On arrive à La Rioja à 21h, après quinze heures de bus. Il fait 36°C, une chaleur étouffante. Notre hôtel se trouve à 30 km de là dans les montagnes. Quelle journée !

mardi 13 janvier 2009

Mardi 13 janvier


Encore une fois, nous avons évité le camping et atterri dans le plus bel hôtel de Copiapo. Même par terre, ce sera toujours plus confortable que sous la tente par une nuit glaciale. L’hôtel est parfait, avec ses bungalows entourant une belle piscine. Un café por favor…

Je ne pensais pas être addict à ce point. Un bon expresso, c’est peut-être ce qui me manque le plus depuis le départ. Hormis dans le stand Mitsubishi, impossible de dégoter un vrai petit noir. Ce matin encore, malgré le standing de l’hôtel, c’est eau chaude et Nescafé… Il paraît qu’au centre de Copiapo, le Columbia Bar sert le meilleur café du monde, venu tout droit de Colombie.

Il fait frais dans l’Atacama au lever du jour et on supporte même une petite laine jusqu’à midi. C’est le désert le plus sec du globe, pas le plus chaud… Comme la veille, une brume épaisse envahit les cimes des montagnes environnantes, retardant le départ de la spéciale de près de trois heures.

Petit footing matinal le long de la Panaméricaine, du km 813 à 808 très exactement, à Copiapo. Je longe un site minier avec d’énormes engins de génie civil, avant d’entrer dans Copiapo au milieu de quelques chiens errants aux réactions imprévisibles, puis de retourner à l’hôtel. Et zut, je n’ai plus pensé au Columbia Bar…

C’est notre seconde journée aux portes de l’Atacama, ce désert de pierre, de sable et de sel qui s’étend jusqu’au Pérou, un univers minéral qui ressemble à la planète Mars. A tel point que c’est ici que la NASA a mis au point de petits véhicules pour sa mission vers la planète rouge.

Quelques prises de vue du dernier James Bond, The Quantum of Solace, ont été tournées là, entre deux expéditions scientifiques chargées de l’étude des météorites. Et oui, dans l’Atacama, les pierres ne font pas que pousser, elles tombent aussi du ciel !

Ce soir, nous allons quitter l’Atacama pour l’Argentine en bus, via le Paso San Francisco à quelque 4700 m, soit à peu près l’altitude du Mont-Blanc. Dommage, on devrait voyager de nuit.

lundi 12 janvier 2009

Lundi 12 janvier 2009


Une petite bruine humidifie La Serena avant les grosses chaleurs de la mi-journée, une sorte de clim’ naturelle offerte par le Pacifique. Aujourd'hui, la brume est suffisamment épaisse pour retarder les vols vers Copiapo.

Entre La Serena et Copiapo, 350 km plus au nord, nous survolons des montagnes arides, dépourvues de toute végétation. On passe au-dessus des plus grands observatoires astronomiques du monde, installés ici dans les années 80 pour fuir la lumière des villes et trouver un ciel étoilé toute l’année. Ici, il pleut en moyenne 12 mm par an ! Dans ces années-là, les reportages dans les magazines d’astronomie faisait rêver l’amateur que j’étais, transis de froid derrière son petit télescope fabriqué maison. Le Chili et l’Atacama me paraissaient si loin…

Copiapo vit grâce aux mines de cuivre et d’argent. Vu du ciel, on aperçoit d’énormes sites d’extraction. Ici, tout n’est que sable, cailloux, poussière et soleil de feu. L’endroit est relativement inhospitalier. Nous sommes aux portes du désert de l’Atacama, le plus aride au monde, dans lequel vont s’élancer les concurrents demain. Courage à eux.

Le bivouac est planté au milieu de nulle part, au cœur d’un immense cirque formé par des montagnes pelées dont la couleur varie de l’ocre au brun foncé en fonction de l’éclairage. Le soleil cogne et n’épargne pas le moindre cm² de peau non protégée. Le vent, omniprésent, est encore plus traitre et assèche notre épiderme, comme celui des montagnes. Ce soir et demain soir, ce sera sans doute camping au bivouac. Le parc hôtelier de Copiapo, même s’il fait bonne figure, ne peut pas accueillir toute la caravane du rallye ; seules deux chambres ont pu être réservées et nous sommes cinq…

Dimanche 11 janvier 2009


La Serena, nous voilà ! Fondée en 1544, La Serena est l’une des plus anciennes villes du Chili et ses innombrables beffrois lui valent le surnom de « Cité des beffrois ». Ici, la population a doublé en 20 ans, en grande partie grâce au tourisme. Les plages de La Serena s’allongent sur des kilomètres et peuvent accueillir des milliers de touristes, américains pour la plupart.

Le centre ville est resté d’époque avec ses immeubles du XIXe siècle aux façades décrépies et ses fils électriques qui pendouillent, formant une immense toile d’araignée au-dessus de La Serena. La vieille ville se situe dans une large plaine fertile entre le Pacifique et les contreforts des Andes. Ici, on cultive toutes sortes de fruits, dont la papaye, qui a donné son nom à l’équipe de football locale, Las Papayas. En traversant La Serena, on aperçoit même un stade de rugby sur lequel paissent des moutons…

On retrouve l ’ambiance chaleureuse de l’Argentine avec des milliers de spectateurs qui accompagnent l’arrivée du Dakar au bivouac. Le soleil cogne fort sur le bivouac planté dans un champ de terre aux portes de la ville. La poussière est l’ennemie n°1 sur le Dakar. Elle s’infiltre partout ; bronches, vêtements, ordinateur… Même les fraises servies au bivouac croustillent sous la dent. Au bout de 10 jours, ça devient vraiment pénible. Heureusement, un camion-citerne viendra répandre de l’eau pour tasser la terre…. Hélas à 21h !

Pour nous, il est l’heure de quitter ce champ de poussière pour une bonne douche à l’hôtel avant de prendre un petit verre en terrasse, sous l’un des beffrois de la ville. L’air est frais. La Serena se réveille et s’endort généralement sous une brume épaisse. Mais demain, nous assure le cafetier, il va faire très chaud dans le désert de l’Atacama.

dimanche 11 janvier 2009

Samedi 10 janvier 2009


Notre hôtel se trouve à Vina del Mar, une banale station balnéaire en prolongement de Valparaiso avec sa marina, ses plages et ses appartements à louer. Pour y accéder, il faut grimper l’une des 44 collines qui encerclent Valparaiso, plutôt 45 comme nous le fait remarquer notre chauffeur de taxi. Soit. Notre petit hôtel se cache au milieu d’un quartier résidentiel où toutes les maisons sont entourées de grillages et protégées par des systèmes de sécurité, certaines par des gardiens.

Ici, tout le monde se protège. Les gens sont moins spontanés, moins enthousiastes qu’en Argentine. On sent comme une certaine retenue dans tous leurs actes. L’accueil du rallye fut bien moins chaleureux que de l’autre côté des Andes, mais les Chiliens sont tout de même curieux de tout ce remue-ménage provoqué par le Dakar.

Que c’est bon de retrouver des joggers. Nous étions plusieurs à arpenter le front de mer ce matin. Je pense à mes camarades du club d’athlétisme, contraints de courir par -5°C sur une piste sans âme. Le retour risque d’être difficile pour moi. En revanche, peu de joggers s’essaient à la grimpette des collines. La pente est forte. Je la ferai deux fois pour la peine, sous les yeux ébahis des passants !

Retour au bivouac en début d’après-midi, après avoir profité de l’internet très haut débit de l’hôtel, cent fois plus rapide qu’au PC presse du bivouac. Au début du siècle dernier, Valparaiso était à la pointe du progrès, ce fut l’une des premières villes à avoir un réseau électrique, le gaz, le téléphone…

La vieille ville de Valparaiso et ses ruelles bruyantes et animées jouxte le port de commerce et ses montagnes de containers. Coincée entre le Pacifique et la corniche, Valparaiso paraît bien à l’étroit. Ici, pas question d’axes parallèles et perpendiculaires, ni de larges avenues comme en Argentine. Les ruelles se tortillent entre les bâtiments d’Etat au style ancien, un peu suranné, et les immeubles modernes. Hélas, la saleté est partout. Les trottoirs sont jonchés de papiers, sacs et autres détritus, idem pour les abords des routes chiliennes.

Le bivouac déborde d’activité. Les équipes d’assistance s’affairent sur les véhicules. Certains sont désossés, d’autres brillent déjà sous le soleil de plomb. Les mécaniciens suent, les clés grimacent et les marteau cognent, tandis que dans les allées, des centaines de VIP rougeâtres déambulent : ils arrivent directement d’Europe et repartiront dans la foulée.

Ce soir, pas de cantine au bivouac, on sort au restaurant. J’ai repéré un établissement échoué sur la marina : c’est la moitié d’un paquebot arrimé à la côte qui fut transformé en restau. On dîne au-dessus de la mer. Le poisson est excellent. Enfin du poisson ! La cantine du bivouac nous gave de volaille industrielle depuis le départ !

L’air est frais. Des milliers de lumières orange éclairent les collines, tandis que la pleine lune se reflète dans les eaux du Pacifique. Demain, nous quitterons Valparaiso pour La Serena, 400 km plus au Nord, en survolant la Panaméricaine qui monte jusqu’au Canada le long de la côte Pacifique.

vendredi 9 janvier 2009

Vendredi 9 janvier 2009


Finalement, j’ai dormi dans mon duvet sous le camion. A 2h du matin, je commençais à peine à tomber dans un sommeil profond quand Philippe m’a réveillé. Il faut dire que dormir au bivouac est un sacré challenge, entre les concurrents qui débarquent au beau milieu de la nuit, les mécaniciens qui essaient les motos et les camions qui klaxonnent en arrivant au bivouac… hum, pas facile de trouver le sommeil. Vite un café, l’inspection de la douane et hop, nous voilà partis à 3h15. Direction la Cordillère des Andes…

Le troisième siège-baquet du Renault Kerax 6x6 est situé au centre de la cabine, en retrait. Ce n’est pas la place la plus confortable, mais bon. Je donne un coup de main à Jean pour sortir de Mendoza grâce au road-book. Ca va, je n’ai pas trop perdu la main. De nombreux spectateurs sont encore debout pour nous applaudir.

Après 50 km, on attaque une longue ascension par une route relativement large. Ca va monter ainsi en pente douce sur près de 150 km, le long d’une vallée que dévale un ruisseau en furie. Le jour se lève peu à peu, et, ce qui n’était qu’ombres géantes se dessinent plus nettement désormais : les sommets enneigés des Andes. Nous cheminons ainsi pendant deux bonnes heures. Le jour est désormais levé et, d’après notre road-book, nous devrions apercevoir l’Aconcagua dans une dizaine de kilomètres, après le village de Las Incas.

Comme si nous avions rendez-vous avec lui : nous arrivons pile lorsque les premiers rayons du soleil frappent sa Majesté. A notre droite, l’Aconcagua, 6959 m, nous domine. Magnifique, le plus haut sommet de l’hémisphère sud, d’un blanc immaculé, se détache sur fond de ciel bleu ; un spectacle grandiose. Evidemment, on s’arrête pour immortaliser l’instant et on parcourt même quelques centaines de mètres pour atteindre un belvédère d’où la vue est superbe. On y va en trottinant pour se réchauffer, mais nous sommes à 2850m. Pfff, pfff, le cœur palpite déjà….

C’est reparti. La route grimpe encore jusqu’à la frontière, à 3200m, puis on bascule côté chilien via un tunnel de 3,8 km. A la sortie, le poste de contrôle douanier. Pas de problème pour les véhicules du Dakar, mais pour les autres, la file s’allonge. Puis on se lance dans une folle descente de plus de 200 km jusqu’à la côte pacifique…

Les 15 premiers kilomètres sont une succession d’épingles. La pente est raide, très, très raide même et il faut toute la dextérité de Philippe pour contrôler les 22 tonnes du Kerax. Les autres semi-remorques roulent à 10 km/h, pas plus. Puis la pente s’adoucit. La route traverse alors une vaste plaine cultivée et de nombreux villages. On cherche une banque.

Pause. Sitôt descendus du camion, les spectateurs accourent de toute part. L’un d’eux m’emmènera rapidos au centre de San Felipe et me ramènera plus vite encore au camion. Il est mécanicien agricole et tout fier de conduire quelqu’un du Dakar ; il arrête tous ses potes pour me présenter… Lui ne parlant ni français ni anglais, moi pas espagnol, on a tout de même réussi à partager notre passion pour la moto…

Les 50 derniers kilomètres du parcours semblent interminables. La région est plus escarpée, aride, la végétation plus rare hormis de superbes palmiers. On sent l’océan Pacifique tout proche ; on croit l’apercevoir derrière chaque sommet, mais non, juste des rochers et des favelas, très grandes, trop grandes.

Ca y est, là derrière ce sommet….Et non, une forêt de pins. Mais cette fois, la pente s’accentue, les panneaux incitent à la prudence et au détour d’une courbe, le voilà, le Pacifique qui se jette sur ces hautes falaises. On descend encore quelques kilomètres pour entrer dans Valparaiso, qui fut jadis l'un des plus grands ports de commerce au monde, peut-être le plus grand de la côte pacifique.

C’était avant l’ouverture du canal de Panama. Mais aujourd’hui encore, les supertankers surdimensionnés qui barbotent dans les eaux tumultueuses de l’Amérique du Sud font escale à Valparaiso. Après 437 km, Jean gare le camion BFGoodrich au bivouac. Fin de notre grande traversée des Andes.

Le bivouac de Valparaiso est situé près de l’école navale et domine toute la baie. Splendide. Valparaiso et ses 44 collines forment comme un amphithéâtre dont les gradins sont occupés par des milliers de maisons aux façades colorées. Quelque 15 ascensores (funiculaires) permettent de rallier le front de mer aux quartiers les plus hauts perchés.

jeudi 8 janvier 2009

Jeudi 8 janvier 2009


Après avoir trouvé et avalé un expresso dans un bar / wi-fi dans le centre de San Rafael, direction l’aéroport où nous attendent d’autres motards désœuvrés, contraints à l’abandon. Parmi eux, Christian Califano, ex-pilier du XV de France, un colosse que la piste a vaincu. A bout de forces, les poumons encrassés par la poussière depuis quatre jours, « Cali » a jeté l’éponge. Pour lui changer les idées, on papote 10 minutes de rugby… Au café de l’aérogare, on retrouve également Yvan Muller, Champion du monde WTCC, qui a tenté le pari fou de partir en solitaire dans un buggy monoplace. Percuté par un camion, son buggy a instantanément pris feu et brûlé intégralement la veille, en début d’étape. Yvan ne verra pas les Andes, mais il s’en moque ; ce Dakar n’était pas fait pour lui, trop de poussière, pas de vrai pilotage, trop de galères… Il a hâte de retrouver son Alsace natale.

Après 30 minutes de vol, on atterrit à Mendoza, la quatrième plus grande ville d’Argentine avec un demi-million d’habitants. Mendoza ressemble à toutes les grandes villes du monde, à ceci près qu’en levant les yeux, on aperçoit les hauts sommets de la Cordillère des Andes. Hélas, les nuages masquent le principal, l’Aconcagua, qui culmine à 6959m…

Le bivouac se trouve en périphérie de la ville, au bout d’un immense parc qui accueille un complexe sportif, dont un stade de football où furent organisés des matches lors de la Coupe du monde 1978.

Grande nouvelle : demain, pas d’avion. La traversée de la Cordillère se fera en camion d’assistance ! J’ai négocié cela depuis le premier jour avec les organisateurs et Philippe et Jean, les deux chauffeurs du camion BFGoodrich/Loctite. Une partie du trajet se fera de nuit, mais j’espère bien une descente sur Valparaiso au petit jour… Ce soir, ce sera camping près du camion avant un départ prévu à 3h du matin…

Mercredi 7 janvier 2009


Neuquen est une ville immense, 150 000 habitants, très étendue le long du Rio Negro. Sales, mal rasés et chargés comme des baudets, nous quittons le bivouac à pied pour essayer de trouver un taxi. La foule est compacte et les embouteillages monstres. Pas de taxi. On arrête un minibus et la pauvre conductrice a dû avoir pitié de nous ; elle nous a conduit directement à l’hôtel, en prenant soin de mettre la ventilation à fond. Il faut dire que l’odeur de quatre « bêtes sauvages » devait être assez pénible à supporter ! L’hôtel Acuman est parfait. La douche durera plusieurs minutes, avec prélavage, puis lavage. Le séchage se passera au bistrot du coin devant un verre de Quilmes…

La conductrice du minibus avait promis de nous prendre à 9h pour retourner au bivouac. Elle est pile à l’heure et repartira avec deux casquettes qui feront sa fierté. A l’aéroport de Neuquen, notre Hercule C130 tremble de bonheur à l’idée de nous retrouver. J’avais omis de vous parler du bruit assourdissant à l’intérieur de l’appareil : un MP3 réglé à fond ne suffit pas à couvrir le bruit du quadrimoteur à hélices qui transperce les nuages.

Le bivouac de San Rafael est situé sur un circuit automobile un peu défraîchi juste derrière l’aéroport. De la ville de San Rafael, on n’aura pas vu grand-chose et les guides sont peu diserts sur le sujet. On y pratique trekking, rafting et VTT dans les sierras et canyons environnants. En fin d’après-midi, le ciel se couvre, l’orage menace est un avis de tempête est lancé sur le bivouac. Il n’y aura que quelques gouttes de pluie, mais les rafales balayent les tentes mal arrimées. Les concurrents arrivent au compte goutte. A 21h, seulement une quinzaine de motos et autant d’autos sont au bivouac, les autres jardinent dans le dernier cordon de dunes à une centaine de kilomètre de là.

Nous somme à 10 km du centre de San Rafael où nous attend notre hôtel, et comme chaque soir, la recherche d’un taxi nous préoccupe. Cette fois, on arrête carrément un pick-up de la police qui nous conduit jusqu’au poste. A l’arrière, le vent est frais et les goutes de pluie nous fouettent le visage. De là, un taxi nous emmènera en centre-ville. San Rafael est une belle ville, quadrillée à l’Américaine comme la plupart des villes argentines. On papote jusqu’à minuit devant un verre de coca en compagnie de motards éclopés qui ont jeté l’éponge : l’un boîte bas, l’autre a le bras en écharpe et le troisième a été lâché par sa mécanique. Ils nous parlent de la difficulté du parcours, de la poussière et de leur collègue décédé. L’annonce de la mort du pilote amateur, dans des circonstances un peu étranges, a bouleversé le bivouac.

Demain, notre bon vieux Hercule C130 nous attend pour un saut de puce jusqu’à Mendoza,le vignoble de l’Argentine, au pied des Andes.

mardi 6 janvier 2009

Le Dakar 2009 - Carnet de Route (Hervé)



Jeudi 1 janvier et vendredi 2 janvier 2009

En bout de piste, l’avion tourne le dos à la chaîne des Puys noyée dans une épaisse brume hivernale. Puisque ce Jour de l’An est d’une tristesse sans fond, direction Buenos Aires et l’été austral. Le changement est radical. Dans le taxi qui m’emmène à l’hôtel NH Latino, au cœur de la capitale argentine, le thermomètre affiche 23°C. Il est 11h du matin. La fournaise gagne Buenos Aires, avant la folie qui va s’emparer de la mégalopole en fin d’après-midi pour la cérémonie de départ du Dakar 2009. Un demi-million d’aficionados sont massés contre les barrières délimitant un circuit de 5 km que les concurrents vont parcourir dans les artères de la capitale avant de monter sur le podium de départ dressé Avenue du 9 de Julio, la plus large avenue du monde paraît-il. Caliente, caliente…

Samedi 3 janvier 2009

Départ à 4h30 de l’hôtel pour attraper le bus de 5h qui nous attend devant l’Ambassade des Etats-Unis, près du parc fermé que les premières motos quittent une à une. Finalement, le bus de 5h partira à 7h pour l’aéroport militaire de Palomar, à une heure de route de Buenos Aires, mais comme la province de la Pampa est décalée d’une heure par rapport à Buenos Aires, le retard sera supportable. Embarquement sans formalité dans un Fokker F28 militaire mais civilisé à l’intérieur. Le vol dure 50 mn au-dessus d’une immense plaine, un patchwork de vert et de jaune selon les cultures. Ici, chaque bovin dispose de deux hectares d’herbe grasse, d’où la qualité de la viande argentine, sans aucun doute.

Santa Rosa de la Pampa est la capitale de la province la Pampa, mais c’est l’une des plus petites capitales de province avec quelque 100 000 habitants. Santa Rosa est isolée dans un océan de plaine fertile, son avenue principale conduit au bivouac dressé sur les rives du Don Tomas Lagoon. La chaleur est suffocante, près de 35°c en milieu d’après-midi lorsque les premiers concurrents autos arrivent après 733 km parcourus depuis Buenos Aires. Le soir, un petit hôtel au confort relatif nous attend en centre de Santa Rosa. C’est jour de fête, les terrasses sont bondées, les rues bruyantes, les jeunes excités. Mais pour nous, un petit verre de Quilmes suffira à calmer nos ardeurs. Pourtant, nous avons tout le temps, notre avion est prévu demain à 14h.

Dimanche 4 janvier 2009

Après un petit jogging dominical dans les rues de Santa Rosa, sous un soleil déjà vigoureux, cette journée ne sera qu’une longue et interminable attente. Notre avion, le dernier, servira également d’avion médical et nous récupérons une dizaine de motards naufragés, blessés, piégés par les premiers kilomètres de cette deuxième spéciale poussiéreuse. C’est finalement avec plus de deux heures de retard que nous embarquons dans ce qui restera comme un grand moment du voyage, un authentique Hercule C130 avec banquettes en toile et parachutes accrochés au-dessus de nos têtes. Ambiance militaire et chaleur suffocante mêlée aux vapeurs de kérosène, c’est parti pour 1h30 de vol vers l’Atlantique et Puerto Madryn.

L’entrée en bus dans Puerto Madryn, station balnéaire bondée en cette période de l’année, est incroyable avec une foule immense que nous avons du mal à traverser pour rallier le bivouac. Nous parcourons ainsi trois bons kilomètres le long de la baie au milieu d’une marée humaine, enthousiaste et accueillante. Nous ne profiterons hélas que très peu de Puerto Madryn puisqu’un bus « grand confort » nous conduira à Ingenerio Jacobacci, à l’intérieur des terres. Si cette bourgade de 5000 âmes s’est développée grâce à la ligne de chemin de fer est-ouest, son aérodrome n’est pas destiné à accueillir les aéronefs de l’organisation. Départ à 1h du matin pour neuf heures de route.

Lundi 5 janvier 2009


Près de 11 heures de bus. Ce vaste plateau semi-désertique n’en finit pas. Ci et là quelques estancias rompent la monotonie du paysage, mais seuls les premiers rayons du jour apporteront un peu de gaieté en drapant les rochers d’un rouge/orange d’une pureté céleste. Le bus entame une piste large. A la pointe du progrès ferroviaire au début du XXe siècle, Ingeniero Jacobacci n’est toujours pas desservie par une route asphaltée. Après plus de 150 km de piste poussiéreuse, notre bus aura perdu son label « grand confort ».

Des bourrasques de vent ont balayé le bivouac tout au long cette journée, transformant le moindre déplacement en véritable opération commando. Masque de plongée, lunette de natation, tout est bon pour se protéger du sable projeté avec une rare violence. Au milieu du bivouac planté devant l’ancienne gare, l’authentique locomotive de la « Trochita » fume comme au premier jour sous les efforts de quelques collectionneurs qui l’ont restaurée avec passion. Les rails sont enfouis dans la terre depuis belle lurette, alors la « Trochita » fume, crache, mais n’avance plus... Il fait un froid de canard. Après un mauvais café autour d’un bon feu de camp, on s’installe dans le bus dormir quelques heures. Le même bus n°410, départ à 3h du matin pour Neuquen, au Nord.

Mardi 6 janvier 2009

Quatre heures et demie pour 140 km de piste défoncée. Notre bus se tord de douleur, râle, tousse. Et puis soudain, alors que le jour illumine les grands espaces argentins, une route asphalte venue de nulle part, la 151. Nous la chevaucherons plein nord pendant quatre bonnes heures pour arriver à Neuqen, capitale de la province éponyme. Ici, à l’extrême nord de la Patagonie, la végétation est tout aussi rabougrie et parsemée que sur les mesetas entre Puerto Madryn et Jacobacci. C’est curieux mais depuis notre départ de Buenos Aires, nous n’avons pas vu un seul arbre.

Et puis, après deux heures de route asphalte, on aperçoit au fond d’une vallée une végétation verte et luxuriante. Le bus dévale la pente jusqu’au Rio Negro, bordé de pehuens et de lipains (cyprès). Ici, la terre est fertile et plus sablonneuse que les rocs qui peuplent le nord-ouest de la Patagonie. Mais l’important se trouve en-dessous de cette terre, avec d’immenses réserves de pétrole et de gaz.

Neuquen est une grande ville moderne qui s’étale sur les rives du Rio Neuquen. Le contraste est saisissant avec Jacobacci, l’abandonnée.Les panneaux 4x3 se bousculent, ventant des enseignes à la renommée mondiale. Le Tout-marketing a envahi Neuquen… Le bivouac est situé aux côtés d’une zone commerciale, qui jouxte un lotissement, lequel borde une zone artisanale. Néanmoins, on est heureux de retrouver la civilisation, pour des raisons bassement matérielles : deux jours sans une connexion internet et sans signal sur le téléphone mobile, et le monde s’écroule. Addiction…

Nous faisons partie des rares privilégiés du bivouac qui avons – en principe – une chambre d’hôtel réservée à chaque étape. Une chance, mais parfois, mieux vaut rester sous sa toile de tente. La douche d’une chambre d’hôtel est un luxe sur le Dakar, car à vrai dire, l’hygiène reste le gros point faible de cette course mythique. Hier soir, il fallait vraiment beaucoup de courage pour prendre une douche au bivouac, sans parler des toilettes.