samedi 17 janvier 2009

Samedi 17 janvier


Petit footing de récupération le long du lac San Roque. Je cours comme ma grand-mère ; le mélange viande rouge, vin rouge et bière me pèse encore sur l’estomac. Peu importe. Bientôt il faudra quitter ce paradis et foncer vers l’aéroport, direction Buenos Aires pour la fin de notre aventure. Reverrais-je Villa Carlos Paz et le Portal del Lago ? Sniff….

L’atterrissage à l’aéroport militaire de Palomar me réveille d’un coup. Nous voilà à la case départ, exactement au même endroit que le 3 janvier au matin. Le bus traverse un quartier paumé de Buenos Aires avant de prendre les grands boulevards qui longent le Rio de la Plata. Il fait une chaleur écrasante, orageux.

C’est la fin de notre périple de quelque 10 000 km à travers l’Amérique du Sud. Les souvenirs se bousculent : la baie de Puerto Madryn, celle de Valparaiso, les rencontres improbables avec cette conductrice de minibus si fière de Neuquen, sa ville, ou des policiers qui nous ont embarqués dans leur pick-up, l’hôtel miteux de La Rioja, les night-clubs de Villa Carlos Paz, la traversée des Andes, en camion dans un sens, en autocar dans l’autre sur des pistes de trekking… Une expérience inoubliable.

vendredi 16 janvier 2009

Vendredi 16 janvier



Départ de l’hôtel à 8h en minibus de ramassage collectif pour La Rioja où nous attend ce bon vieux C130. Cap sur Cordoba, que nous voyons pour la première fois en plein été. Le Rallye d’Argentine se déroule toujours en hiver.

Une vraie fournaise. Il fait une chaleur écrasante, plus de 40°C à l’ombre. L’ambiance a changé au bivouac, plus détendue. Ca sent la fin. On est fatigué, mais heureux d’approcher du but et de fait, les gens sont plus ouverts. Tout le monde discute avec tout le monde. On sympathise, un peu comme après quinze jours de vacances au camping. Les apéros sont devenus quotidiens et se prolongent de plus en plus tard. On regretterait presque que le rallye se termine demain.
Nous quittons le bivouac relativement tôt pour Villa Carlos Paz, à 30km de Cordoba, le QG du Rallye d’Argentine. Des milliers de fans bordent le bivouac. Le Dakar retrouve la ferveur populaire de son départ dans les rues de Buenos Aires. Ici, le sport automobile est une religion dont le prêche est assuré par les stations FM qui commentent en direct le passage des concurrents en spéciale.

Quel plaisir de revoir Villa Carlos Paz et le Portal del Lago où nous sommes accueilli en amis, en habitués. On dîne d’un excellent biffe de chorizo en terrasse avant d’aller traîner en ville. Il est 1h du matin, le Zebra se remplit peu à peu de jolies filles, forcément encore plus jolies que l’hiver à l’époque du Rallye d’Argentine. Il est 3h, l’ambiance monte d’un cran, il est l’heure de rentrer à l’hôtel, à pied pour humer cet air de vacances, de fiesta.

jeudi 15 janvier 2009

Jeudi 15 janvier 2009


L’Hosteria Cachay Sacat est au centre de Saragana, dans les montagnes, à une trentaine de km de La Rioja. Le cadre est agréable, mais les chambres sont très sommaires pour un tarif supérieur à un hôtel luxueux du centre de Buenos Aires ! L’ambiance est étrange, louche. A côté de la salle de restaurant, vide, une salle de casino d’un autre âge, vide également. La gérante est tout aussi étrange, comme si elle avait fuit une vie antérieure tumultueuse pour se réfugier dans ce hameau au cœur des sierras argentines. On dine vite fait d’un plat de pâtes en terrasse, sous le regard amusé d’une sorte de lézard géant qui habite visiblement là dans cette bouche d’aération. Bizarre.

La Rioja est une ville moyenne (150 000 habitants) située au pied de la Sierra Velasco dont les crêtes verdoyantes lui confèrent un joli « backdrop ». L’été, c’est l’une des villes les plus chaudes d’Argentine. Aujourd’hui, il fait 40°C à l’ombre, le temps est lourd, orageux. D’ailleurs, un violent orage s’est abattu sur la région la nuit dernière, inondant les routes et le hall de notre hôtel.
Dans l’enceinte du circuit de La Rioja, qui n’a semble-t-il pas vu un bolide depuis belle lurette, la chaleur est insupportable. Tout le monde sue, geint et attend Buenos Aires avec impatience. La route est encore longue jusqu’à la capitale. Nous sommes à 1100 km et demain, la caravane fera étape à Cordoba.

On y sera un peu comme à la maison. Depuis une dizaine d’années, je me rends régulièrement à Cordoba et à Villa Carlos Paz pour le Rallye d’Argentine. Demain, on dormira à l’hôtel Portal del Lago, on ira manger un biffe de chorizo à La Volanta avant d’aller boire un verre au Zebra. Demain, on est chez nous ! Mais pour ce soir, c’est encore notre hôtel lugubre perdu dans les montagnes…

Mercredi 14 janvier 2009


A force d’insister, les organisateurs nous autorisent à quitter le bivouac à 6h du matin. Le bus 428 démarre avant le lever du jour du bivouac de Copiapo, direction Fiambala, en Argentine, de l’autre côté de la Cordillère des Andes.

Est-ce mon instinct de copilote, je perçois dès le départ quelque chose de bizarre. J’avais consulté la carte la veille et pour moi, la route du Paso San Francisco se trouve au Nord. Après quelques minutes de route, nous sommes direction plein Est puisque le soleil se lève pile en face de nous. Soit…

Après une heure de route environ, le chauffeur quitte la route asphalte et prend à gauche sur un chemin de terre. Une déviation, peut-être, je n’ai pas vu de panneaux de signalisation, mais d’autres véhicules du rallye nous suivent.

Ce chemin est à peine plus large que notre bus à double-étage et serpente au fond d’un immense canyon. Le décor est magnifique, mystique. De chaque côté, des volcans endormis s’étirent jusqu’au ciel et sur leurs pentes abruptes, des rochers gros comme des maisons tiennent en équilibre. Depuis combien de temps ? La dernière éruption peut-être, les dernières pluies ?

Voilà plus de deux heures que nous roulons à 30km/h sur ce chemin qui s’enfonce toujours plus dans ces gorges profondes. Malgré la dextérité du chauffeur les arbustes bordant la piste éraflent la carrosserie, et la poussière commence à envahir l’habitacle. Il n’y a pas âme qui vive dans ce pays, que des pierres ciselées par le temps.


Soudain, après cinq heures du bus, nous arrivons sur un plateau désertique : le poste-frontière entre le Chili et l’Argentine. Depuis quelques minutes déjà, je tente de me repérer sur la carte, mes compagnons ne semblent pas s’inquiéter. Moi, si : j’avais lu dans un guide que le Paso San Francisco était goudronné. Nous ne sommes visiblement pas sur la bonne route pour Fiambala. Tandis que les douaniers contrôlent nos passeports, je demande à l’un d’eux de me montrer où nous sommes sur la carte : Paso de Pircas de Negras, 200 km plus au Sud, sur la route de La Rioja !

Involontairement, j’ai donné l’alerte. Notre chauffeur est désormais assailli de questions, pressé. Lui-même est perdu, et il n’a pas de carte : depuis le départ, il suit les véhicules d’assistance.

La suite est épique. Après le poste-frontière, la pente devient très raide. Nous allons monter jusqu’à 4165m par une piste en lacet, le bus manque de caler à chaque épingle. Plusieurs fois il faut manœuvrer, au bord d’un précipice vertigineux. Le décor ressemble aux derniers kilomètres de la course-de-côte de Pikes Peak.

Après le passage du col, la route est asphaltée et traverse un vaste plateau désertique entourée de hauts sommets, certains enneigés à plus de 6000m. On longe un lac aux reflets bleutés… Nous sommes seuls, hormis les véhicules d’assistance qui klaxonnent en nous dépassant, forcément étonnés de voir un bus taillé pour l’autoroute dans cet endroit-là.

La route est en travaux et l’agent qui indique la déviation déconseille fortement à notre chauffeur de poursuivre le chemin. Nous sommes partis depuis six heures et nous faisons demi-tour, direction Copiapo. A bord, l’ambiance est bien moins joviale : la vingtaine de naufragés du bus 428 force le chauffeur à reprendre la direction de La Rioja, « ça doit passer ».

Le début de la déviation, sur un chemin de terre, est plat. Les amortisseurs souffrent, mais le bus avance tant bien que mal au bord d’un lac de sel. Nous sommes toujours dans cette vaste plaine, entourés de lamas, le soleil tape, quelques carcasses d’animaux pourrissent au bord de la piste.

Le meilleur est à venir. La piste s’arrête brutalement et un chemin moins large que le bus plonge dans un canyon profond, le long d’une falaise. A droite, le précipice est impressionnant, plusieurs centaines de mètres sans aucune végétation. Faux-pas interdit. Le bus 428 se lance dans la descente, au pas. Nous prions pour qu’il n’y ait pas d’épingles, impossible de manœuvrer.

Nous voilà au creux d’un canyon étroit et profond. Le plus dur est derrière nous, croyait-on. Le chemin longe désormais un ruisseau que nous allons devoir traverser à plusieurs reprises. Dans les gués, le bus racle les pierres, cale, puis repart. Ce canyon n’en finit pas. Nous sommes au cœur des Andes, loin de toute vie humaine. Il faudra encore deux bonnes heures pour que les montagnes s’écartent enfin. On retrouve enfin l’asphalte. Nous avons mis onze heures pour traverser la Cordillère et parcouru environ 400 km. Il en reste 350 jusqu’à La Rioja.

Nous sommes désormais à pleine vitesse sur de longues lignes droites, au milieu des cactus. On passe tout près des parcs Talampayas et la Vallée de la lune, parmi les sites les plus visités d’Argentine. On arrive à La Rioja à 21h, après quinze heures de bus. Il fait 36°C, une chaleur étouffante. Notre hôtel se trouve à 30 km de là dans les montagnes. Quelle journée !

mardi 13 janvier 2009

Mardi 13 janvier


Encore une fois, nous avons évité le camping et atterri dans le plus bel hôtel de Copiapo. Même par terre, ce sera toujours plus confortable que sous la tente par une nuit glaciale. L’hôtel est parfait, avec ses bungalows entourant une belle piscine. Un café por favor…

Je ne pensais pas être addict à ce point. Un bon expresso, c’est peut-être ce qui me manque le plus depuis le départ. Hormis dans le stand Mitsubishi, impossible de dégoter un vrai petit noir. Ce matin encore, malgré le standing de l’hôtel, c’est eau chaude et Nescafé… Il paraît qu’au centre de Copiapo, le Columbia Bar sert le meilleur café du monde, venu tout droit de Colombie.

Il fait frais dans l’Atacama au lever du jour et on supporte même une petite laine jusqu’à midi. C’est le désert le plus sec du globe, pas le plus chaud… Comme la veille, une brume épaisse envahit les cimes des montagnes environnantes, retardant le départ de la spéciale de près de trois heures.

Petit footing matinal le long de la Panaméricaine, du km 813 à 808 très exactement, à Copiapo. Je longe un site minier avec d’énormes engins de génie civil, avant d’entrer dans Copiapo au milieu de quelques chiens errants aux réactions imprévisibles, puis de retourner à l’hôtel. Et zut, je n’ai plus pensé au Columbia Bar…

C’est notre seconde journée aux portes de l’Atacama, ce désert de pierre, de sable et de sel qui s’étend jusqu’au Pérou, un univers minéral qui ressemble à la planète Mars. A tel point que c’est ici que la NASA a mis au point de petits véhicules pour sa mission vers la planète rouge.

Quelques prises de vue du dernier James Bond, The Quantum of Solace, ont été tournées là, entre deux expéditions scientifiques chargées de l’étude des météorites. Et oui, dans l’Atacama, les pierres ne font pas que pousser, elles tombent aussi du ciel !

Ce soir, nous allons quitter l’Atacama pour l’Argentine en bus, via le Paso San Francisco à quelque 4700 m, soit à peu près l’altitude du Mont-Blanc. Dommage, on devrait voyager de nuit.

lundi 12 janvier 2009

Lundi 12 janvier 2009


Une petite bruine humidifie La Serena avant les grosses chaleurs de la mi-journée, une sorte de clim’ naturelle offerte par le Pacifique. Aujourd'hui, la brume est suffisamment épaisse pour retarder les vols vers Copiapo.

Entre La Serena et Copiapo, 350 km plus au nord, nous survolons des montagnes arides, dépourvues de toute végétation. On passe au-dessus des plus grands observatoires astronomiques du monde, installés ici dans les années 80 pour fuir la lumière des villes et trouver un ciel étoilé toute l’année. Ici, il pleut en moyenne 12 mm par an ! Dans ces années-là, les reportages dans les magazines d’astronomie faisait rêver l’amateur que j’étais, transis de froid derrière son petit télescope fabriqué maison. Le Chili et l’Atacama me paraissaient si loin…

Copiapo vit grâce aux mines de cuivre et d’argent. Vu du ciel, on aperçoit d’énormes sites d’extraction. Ici, tout n’est que sable, cailloux, poussière et soleil de feu. L’endroit est relativement inhospitalier. Nous sommes aux portes du désert de l’Atacama, le plus aride au monde, dans lequel vont s’élancer les concurrents demain. Courage à eux.

Le bivouac est planté au milieu de nulle part, au cœur d’un immense cirque formé par des montagnes pelées dont la couleur varie de l’ocre au brun foncé en fonction de l’éclairage. Le soleil cogne et n’épargne pas le moindre cm² de peau non protégée. Le vent, omniprésent, est encore plus traitre et assèche notre épiderme, comme celui des montagnes. Ce soir et demain soir, ce sera sans doute camping au bivouac. Le parc hôtelier de Copiapo, même s’il fait bonne figure, ne peut pas accueillir toute la caravane du rallye ; seules deux chambres ont pu être réservées et nous sommes cinq…

Dimanche 11 janvier 2009


La Serena, nous voilà ! Fondée en 1544, La Serena est l’une des plus anciennes villes du Chili et ses innombrables beffrois lui valent le surnom de « Cité des beffrois ». Ici, la population a doublé en 20 ans, en grande partie grâce au tourisme. Les plages de La Serena s’allongent sur des kilomètres et peuvent accueillir des milliers de touristes, américains pour la plupart.

Le centre ville est resté d’époque avec ses immeubles du XIXe siècle aux façades décrépies et ses fils électriques qui pendouillent, formant une immense toile d’araignée au-dessus de La Serena. La vieille ville se situe dans une large plaine fertile entre le Pacifique et les contreforts des Andes. Ici, on cultive toutes sortes de fruits, dont la papaye, qui a donné son nom à l’équipe de football locale, Las Papayas. En traversant La Serena, on aperçoit même un stade de rugby sur lequel paissent des moutons…

On retrouve l ’ambiance chaleureuse de l’Argentine avec des milliers de spectateurs qui accompagnent l’arrivée du Dakar au bivouac. Le soleil cogne fort sur le bivouac planté dans un champ de terre aux portes de la ville. La poussière est l’ennemie n°1 sur le Dakar. Elle s’infiltre partout ; bronches, vêtements, ordinateur… Même les fraises servies au bivouac croustillent sous la dent. Au bout de 10 jours, ça devient vraiment pénible. Heureusement, un camion-citerne viendra répandre de l’eau pour tasser la terre…. Hélas à 21h !

Pour nous, il est l’heure de quitter ce champ de poussière pour une bonne douche à l’hôtel avant de prendre un petit verre en terrasse, sous l’un des beffrois de la ville. L’air est frais. La Serena se réveille et s’endort généralement sous une brume épaisse. Mais demain, nous assure le cafetier, il va faire très chaud dans le désert de l’Atacama.