
Jeudi 1 janvier et vendredi 2 janvier 2009 En bout de piste, l’avion tourne le dos à la chaîne des Puys noyée dans une épaisse brume hivernale. Puisque ce Jour de l’An est d’une tristesse sans fond, direction Buenos Aires et l’été austral. Le changement est radical. Dans le taxi qui m’emmène à l’hôtel NH Latino, au cœur de la capitale argentine, le thermomètre affiche 23°C. Il est 11h du matin. La fournaise gagne Buenos Aires, avant la folie qui va s’emparer de la mégalopole en fin d’après-midi pour la cérémonie de départ du Dakar 2009. Un demi-million d’aficionados sont massés contre les barrières délimitant un circuit de 5 km que les concurrents vont parcourir dans les artères de la capitale avant de monter sur le podium de départ dressé Avenue du 9 de Julio, la plus large avenue du monde paraît-il. Caliente, caliente…
Samedi 3 janvier 2009Départ à 4h30 de l’hôtel pour attraper le bus de 5h qui nous attend devant l’Ambassade des Etats-Unis, près du parc fermé que les premières motos quittent une à une. Finalement, le bus de 5h partira à 7h pour l’aéroport militaire de Palomar, à une heure de route de Buenos Aires, mais comme la province de la Pampa est décalée d’une heure par rapport à Buenos Aires, le retard sera supportable. Embarquement sans formalité dans un Fokker F28 militaire mais civilisé à l’intérieur. Le vol dure 50 mn au-dessus d’une immense plaine, un patchwork de vert et de jaune selon les cultures. Ici, chaque bovin dispose de deux hectares d’herbe grasse, d’où la qualité de la viande argentine, sans aucun doute.
Santa Rosa de la Pampa est la capitale de la province la Pampa, mais c’est l’une des plus petites capitales de province avec quelque 100 000 habitants. Santa Rosa est isolée dans un océan de plaine fertile, son avenue principale conduit au bivouac dressé sur les rives du Don Tomas Lagoon. La chaleur est suffocante, près de 35°c en milieu d’après-midi lorsque les premiers concurrents autos arrivent après 733 km parcourus depuis Buenos Aires. Le soir, un petit hôtel au confort relatif nous attend en centre de Santa Rosa. C’est jour de fête, les terrasses sont bondées, les rues bruyantes, les jeunes excités. Mais pour nous, un petit verre de Quilmes suffira à calmer nos ardeurs. Pourtant, nous avons tout le temps, notre avion est prévu demain à 14h.
Dimanche 4 janvier 2009
Après un petit jogging dominical dans les rues de Santa Rosa, sous un soleil déjà vigoureux, cette journée ne sera qu’une longue et interminable attente. Notre avion, le dernier, servira également d’avion médical et nous récupérons une dizaine de motards naufragés, blessés, piégés par les premiers kilomètres de cette deuxième spéciale poussiéreuse. C’est finalement avec plus de deux heures de retard que nous embarquons dans ce qui restera comme un grand moment du voyage, un authentique Hercule C130 avec banquettes en toile et parachutes accrochés au-dessus de nos têtes. Ambiance militaire et chaleur suffocante mêlée aux vapeurs de kérosène, c’est parti pour 1h30 de vol vers l’Atlantique et Puerto Madryn.
L’entrée en bus dans Puerto Madryn, station balnéaire bondée en cette période de l’année, est incroyable avec une foule immense que nous avons du mal à traverser pour rallier le bivouac. Nous parcourons ainsi trois bons kilomètres le long de la baie au milieu d’une marée humaine, enthousiaste et accueillante. Nous ne profiterons hélas que très peu de Puerto Madryn puisqu’un bus « grand confort » nous conduira à Ingenerio Jacobacci, à l’intérieur des terres. Si cette bourgade de 5000 âmes s’est développée grâce à la ligne de chemin de fer est-ouest, son aérodrome n’est pas destiné à accueillir les aéronefs de l’organisation. Départ à 1h du matin pour neuf heures de route.
Lundi 5 janvier 2009
Près de 11 heures de bus. Ce vaste plateau semi-désertique n’en finit pas. Ci et là quelques estancias rompent la monotonie du paysage, mais seuls les premiers rayons du jour apporteront un peu de gaieté en drapant les rochers d’un rouge/orange d’une pureté céleste. Le bus entame une piste large. A la pointe du progrès ferroviaire au début du XXe siècle, Ingeniero Jacobacci n’est toujours pas desservie par une route asphaltée. Après plus de 150 km de piste poussiéreuse, notre bus aura perdu son label « grand confort ».
Des bourrasques de vent ont balayé le bivouac tout au long cette journée, transformant le moindre déplacement en véritable opération commando. Masque de plongée, lunette de natation, tout est bon pour se protéger du sable projeté avec une rare violence. Au milieu du bivouac planté devant l’ancienne gare, l’authentique locomotive de la « Trochita » fume comme au premier jour sous les efforts de quelques collectionneurs qui l’ont restaurée avec passion. Les rails sont enfouis dans la terre depuis belle lurette, alors la « Trochita » fume, crache, mais n’avance plus... Il fait un froid de canard. Après un mauvais café autour d’un bon feu de camp, on s’installe dans le bus dormir quelques heures. Le même bus n°410, départ à 3h du matin pour Neuquen, au Nord.
Mardi 6 janvier 2009 Quatre heures et demie pour 140 km de piste défoncée. Notre bus se tord de douleur, râle, tousse. Et puis soudain, alors que le jour illumine les grands espaces argentins, une route asphalte venue de nulle part, la 151. Nous la chevaucherons plein nord pendant quatre bonnes heures pour arriver à Neuqen, capitale de la province éponyme. Ici, à l’extrême nord de la Patagonie, la végétation est tout aussi rabougrie et parsemée que sur les mesetas entre Puerto Madryn et Jacobacci. C’est curieux mais depuis notre départ de Buenos Aires, nous n’avons pas vu un seul arbre.
Et puis, après deux heures de route asphalte, on aperçoit au fond d’une vallée une végétation verte et luxuriante. Le bus dévale la pente jusqu’au Rio Negro, bordé de pehuens et de lipains (cyprès). Ici, la terre est fertile et plus sablonneuse que les rocs qui peuplent le nord-ouest de la Patagonie. Mais l’important se trouve en-dessous de cette terre, avec d’immenses réserves de pétrole et de gaz.
Neuquen est une grande ville moderne qui s’étale sur les rives du Rio Neuquen. Le contraste est saisissant avec Jacobacci, l’abandonnée.Les panneaux 4x3 se bousculent, ventant des enseignes à la renommée mondiale. Le Tout-marketing a envahi Neuquen… Le bivouac est situé aux côtés d’une zone commerciale, qui jouxte un lotissement, lequel borde une zone artisanale. Néanmoins, on est heureux de retrouver la civilisation, pour des raisons bassement matérielles : deux jours sans une connexion internet et sans signal sur le téléphone mobile, et le monde s’écroule. Addiction…
Nous faisons partie des rares privilégiés du bivouac qui avons – en principe – une chambre d’hôtel réservée à chaque étape. Une chance, mais parfois, mieux vaut rester sous sa toile de tente. La douche d’une chambre d’hôtel est un luxe sur le Dakar, car à vrai dire, l’hygiène reste le gros point faible de cette course mythique. Hier soir, il fallait vraiment beaucoup de courage pour prendre une douche au bivouac, sans parler des toilettes.